(Le Soleil-MC) - Quatre siècles, quatre maires vivants. À l’occasion du 400e de Québec et de la cérémonie de remise de la médaille de la Ville de Québec aux anciens maires, ce matin, nous vous proposons une rencontre avec Gilles Lamontagne, Jean Pelletier, Régis Labeaume et Jean-Paul L’Allier.
En fond de scène, le fleuve, entre deux averses. Une brume laiteuse avale les berges de Lévis et les voiliers de ce dimanche après-midi. Encore un peu et le paysage pourrait être celui de Champlain.
Serrant les coudes pour la photo, trois maires de Québec, trois générations. Un loup, un renard, un lion.
Gilles Lamontagne, le patriarche, vieux renard. Le maire de la Révolution tranquille. Celui qui a structuré la fonction publique et relancé une ville alors à l’abandon.
Du haut de ses 89 ans, «Monsieur le maire» savoure aujourd’hui, avec sérénité, le charme de sa ville à laquelle il ne sait plus trouver de défauts.
Vous vous inquiétiez de sa santé? «Physiquement, ça va; mentalement, je vous laisse juger», lance-t-il, espiègle, sachant quelle sera la réponse.
À l’autre bout de la photo, le lion, dont le regard et le verbe fougueux rappellent combien ce politicien flamboyant en imposait.
Il a ramené des équipements publics en basse ville (bibliothèque, palais de justice), fait inscrire Québec au patrimoine de l’UNESCO, a ouvert sa ville à l’international.
Affaibli par la maladie, il n’ira plus se battre sur les places publiques, mais cet homme aime toujours Québec avec la même énergie.
Il invite sa ville à relever les «défis de la mondialisation», tout en restant «elle-même», sans «se prendre pour d’autres».
Au centre, le jeune loup qui arrive et mord dans sa ville. Il a pour elle les plus grandes ambitions, veut qu’elle devienne «la plus attrayante au Canada».
Il veut valoriser la recherche et la culture, accueillir davantage d’immigrants, façonner une ville qui plaira aux jeunes et offrira des «jobs à 150 000 $».
Ce ne sont pour le moment que des discours et des intentions. Le nouveau maire n’a pas de bilan à mettre sur la table. Aussi préférera-t-il écouter les récits et les conseils de ses aînés. «J’aime entendre parler du passé», dit-il.
Gilles Lamontagne, Jean Pelletier et Régis Labeaume se sont déjà vus la veille, à un souper protocolaire du 400e, mais se retrouvent avec plaisir.
Comme s’ils reprenaient là où ils avaient laissé, poursuivant une même conversation sur ce sujet inépuisable que sont pour eux Québec et la politique.
J’avais invité Jean-Paul L’Allier à se joindre à nous, mais il a décliné; je le verrai plutôt le lendemain.
MM. Lamontagne, Pelletier et Labeaume étaient un peu déçus, mais je n’ai senti aucun reproche ni animosité. Comme si le temps avait gommé rivalités et chicanes.
Jean Pelletier parle même de la «remarquable continuité» à la mairie de Québec depuis l’arrivée aux affaires de Gilles Lamontagne en 1967 : embellissement, amélioration de la qualité de vie, modernisation de l’administration, grands travaux d’infrastructures.
La ville moderne et bétonnée de M. Lamontagne, conforme aux valeurs dominantes de l’époque, est bien sûr différente de celle de Jean-Paul L’Allier qui suscite aujourd’hui l’admiration.
Mais entre les maires, on sent qu’au-delà des ruptures et des priorités propres à chacun, il y a des fils conducteurs.
Le désir de garder cette ville à «taille humaine». Personne ne semble regretter la grande ville de un million de personnes annoncée par les prophètes des années 60 et qui ne sera pas.
Le rôle de la culture comme moteur du développement. Une volonté d’en protéger le caractère francophone.
«Québec est au cœur de la différence canadienne», explique Jean Pelletier. Elle a un «statut qui intrigue» et suscite la «curiosité».
On reproche parfois à Québec un manque d’ouverture sur le monde, mais les ambassadeurs et consuls étrangers veulent venir à Québec, note-t-il.
«Le maire de Québec a toujours eu une influence plus forte que ne le justifie la taille de la ville, tant au Québec qu’au Canada ou à l’international», analyse M. Pelletier.
«Québec a toujours réussi à avoir l’écoute des gouvernements supérieurs», perçoit M. Lamontagne. Possible. La réalité est aussi qu’on a souvent vu les maires de Québec devoir se battre pour obtenir cette écoute.
Il est probable qu’une partie du poids politique de Québec s’explique par la présence depuis plus de 40 ans de maires à la personnalité forte. «Ça ne nuit pas», convient M. Pelletier.
Il faut aussi des «ministres pesants» pour Québec, dit croire Régis Labeaume.
Les gouvernements ont parfois besoin d’un prétexte pour s’investir, constatent les maires.
Les Plaines sont nées du 300e, la Pointe-à-Carcy et le Vieux-Port du 450e de l’arrivée de Jacques Cartier.
La promenade Samuel-De Champlain, la rivière Saint-Charles, l’anse Brown, la pointe à Carcy et la batture de Beauport ont profité de l’accélérateur du 400e.
Ce qui oblige à se poser la question : qu’est-ce qui fera bouger Québec après 2008?
Quel anniversaire, quel rêve ou événement servira de levier pour d’autres grands projets qui façonneront la ville de demain?
C’aurait pu être des Olympiques, mais l’échéance est passée. Il faudra autre chose.
Ce n’est encore qu’une vague idée, mais Régis Labeaume rêve d’une autre Superfrancofête, dans l’esprit de celle de 1974.
Le Festival international de la jeunesse avait à l’époque réuni 100 000 participants du monde francophone. Une grande manifestation politique, sportive, culturelle.
La fête avait pris fin avec le mythique spectacle J’ai vu le loup, le renard, le lion.
Publié par : Marcel Charland
à 07:12:35
Permalien
Comments :
Catégories :